La question arrive presque toujours au moment de la visite, pas avant. On a vu la maison, on a imaginé sa vie dans le jardin, et c'est seulement en rentrant que l'on ouvre une calculette. C'est à ce moment-là, trop tard, que l'on découvre que calculer sa capacité d'achat aurait dû être la première étape — pas la dernière. Un chiffre posé avant les visites change tout : il cadre la recherche, crédibilise l'offre, et évite de tomber amoureux d'un bien hors d'atteinte.
Voici comment ce calcul fonctionne, ce qui le fait varier, et ce que vous pouvez faire pour l'établir sérieusement avant de franchir une première porte.
Les deux piliers du calcul
La capacité d'achat repose sur deux questions distinctes que les banques posent toujours ensemble. La première : avez-vous assez de fonds propres ? La seconde : votre revenu suffit-il à supporter la charge du prêt ?
Sur les fonds propres, la règle est fixe en Suisse : au moins 20 % du prix d'achat. Sur ces 20 %, au moins la moitié — soit 10 % du prix — doit provenir de fonds dits « durs » : épargne, héritage, donation, liquidation d'un troisième pilier, valeur de rachat d'une assurance-vie. L'autre moitié peut venir du deuxième pilier, c'est-à-dire de votre caisse de pension, mais ce retrait a des conséquences fiscales et sur votre prévoyance future qu'il vaut la peine d'examiner avant d'y recourir.
À ces 20 % s'ajoutent les frais d'achat. Dans le canton de Vaud, l'acheteur prend en charge les droits de mutation, les frais de notaire et l'émolument du registre foncier. Prévoyez en général 4 à 5 % du prix d'achat pour couvrir l'ensemble de ces frais. Ces montants ne font pas partie de votre hypothèque : ils sortent de votre poche le jour de l'acte.
La charge théorique, pas le taux du moment
C'est ici que beaucoup de calculs maison déraillent. Les banques suisses ne calculent pas la charge de votre hypothèque avec le taux que vous obtiendrez réellement. Elles utilisent un taux théorique, souvent fixé autour de 5 %, pour s'assurer que vous pourrez rembourser même si les taux remontent. Ce chiffre a traversé les années sans bouger beaucoup, quelle que soit la situation des marchés : c'est un filet de sécurité, pas une prévision.
À ce taux théorique s'ajoutent deux autres postes : l'amortissement et les frais d'entretien. L'amortissement concerne la partie de l'hypothèque dite « de second rang » — celle qui dépasse 65 % de la valeur du bien. Cette tranche doit en règle générale être amortie en quinze ans au plus. Quant aux frais d'entretien, les banques retiennent souvent 1 % de la valeur du bien par année, parfois plus pour les constructions anciennes.
La somme de ces trois postes — intérêt théorique, amortissement, entretien — ne doit généralement pas dépasser un tiers de votre revenu brut annuel. C'est la règle de la capacité financière, distincte de la question des fonds propres. Il est tout à fait possible de disposer d'un apport suffisant et de ne pas passer ce test de revenu : les deux conditions sont cumulatives.
Ce qui fait varier le résultat
Plusieurs éléments déplacent le curseur, parfois de façon significative.
- La composition du revenu. Un revenu fixe d'employé est traité différemment d'un revenu d'indépendant ou d'un revenu variable (primes, commissions). Les banques lissent souvent les revenus variables sur deux ou trois ans, et certaines en retiennent une fraction seulement.
- L'âge des emprunteurs. Plus on approche de la retraite, plus la banque regarde de près ce que seront les revenus à la retraite. Un couple dans la cinquantaine qui achète doit souvent démontrer que la charge reste supportable avec des revenus réduits.
- Les dettes existantes. Un leasing, un crédit à la consommation, une pension alimentaire : tout cela réduit la marge disponible pour la charge hypothécaire.
- La valeur retenue par la banque. La banque finance sur la base de la valeur qu'elle attribue au bien, pas forcément sur le prix convenu entre vendeur et acheteur. Si elle estime le bien en dessous du prix, l'écart doit être couvert par des fonds propres supplémentaires.
- La commune et le type de bien. Un appartement en Lausanne, une villa à Pully, un chalet sur Montreux : les valeurs de nantissement que les banques acceptent varient selon la liquidité du marché local et le type de bien.
Pourquoi agir avant les visites
Visiter sans avoir calculé sa capacité d'achat expose à trois désagréments concrets. Le premier : perdre du temps sur des biens hors budget, ce qui fatigue et brouille le regard. Le second : faire une offre que la banque ne confirmera pas, et se retrouver dans une situation délicate vis-à-vis du vendeur. Le troisième, plus subtil : se laisser tirer vers le haut par un bien légèrement au-dessus de ses moyens, en espérant que « ça passera quand même ».
À l'inverse, un acheteur qui se présente avec un financement vérifié est pris au sérieux. Dans un marché où les vendeurs reçoivent parfois plusieurs offres, la crédibilité financière pèse autant que le prix proposé. C'est l'une des raisons pour lesquelles le Passeport acheteur existe : il formalise cette vérification avant que la recherche ne commence, et il vous évite de négocier dans le flou.
Ce que vous pouvez faire vous-même
Avant de rencontrer une banque ou un courtier, vous pouvez poser les bases du calcul en rassemblant quelques éléments.
- Listez vos fonds propres disponibles : épargne, titres liquidables, troisième pilier, valeur de rachat d'assurance-vie. Notez séparément ce qui peut venir du deuxième pilier.
- Calculez votre revenu brut annuel du foyer, en distinguant ce qui est fixe de ce qui est variable.
- Relevez vos engagements financiers mensuels : leasings, crédits, pensions.
- Appliquez mentalement la règle des 20 % de fonds propres et celle du tiers du revenu brut. Cela donne une première fourchette.
Ce calcul maison ne remplace pas la confirmation d'une banque, mais il vous permet d'arriver à cet entretien avec une idée juste de ce que vous cherchez — et de gagner plusieurs semaines dans votre recherche. Notre outil en ligne pour calculer votre capacité d'achat permet d'aller un cran plus loin, avec les paramètres réels du marché romand.
Calculer sa capacité d'achat avant de visiter, c'est transformer une intention en projet : on cherche moins, on trouve mieux, et on négocie depuis une position solide.
Le résultat de ce calcul dépend de votre situation personnelle — composition du foyer, nature des revenus, provenance des fonds propres, âge, projets de vie. Deux ménages avec le même revenu peuvent obtenir des réponses très différentes. Si vous souhaitez poser le cadre de votre projet avant de commencer les visites, l'accompagnement à l'achat commence précisément par là : un entretien pour mettre les chiffres dans le bon ordre, et construire une recherche qui a une chance d'aboutir.